Table ronde "Les entrées et sorties de guerre dans une perspective comparée"

Conférence
Salle B0.619 - Campus du Pont-de-Bois à Villeneuve D'Ascq

Le 26 mars 2026: table ronde "Les entrées et sorties de guerre dans une perspective comparée".

Salle B0.619 - Campus du Pont-de-Bois à Villeneuve D'Ascq

Et par visio: univ-lille-fr.zoom.us/j/93688724201

Organisation : Véronique Hébrard et Luca Salza (CECILLE)

Cette table ronde est organisée à l’occasion de la publication et soutenance de travaux liés à ce qui se joue autour des temporalités du conflit, les différentes façons dont peuvent s’opérer les entrées et les « sorties de guerre » ainsi que les formes que prennent les manifestations de celles-ci dans des espaces temps différents.
Les travaux ici présentés visent à ouvrir la réflexion et de mettre en évidence la complexité de ces temps de l’avant et de l’après dont les prémisses ne sont pas aisées à cerner, tant parfois ils s’enchâssent dans la temporalité du conflit.

Travaux et recherche présentés :
Déborah V. Brosteaux (Université Libre de Bruxelles), Les Désirs guerriers de la modernité, Paris, Editions du Seuil, 2025.
Résumé : Face aux guerres dans lesquelles les pays d’Europe sont impliqués, nous oscillons en permanence entre anesthésie et frénésie. Certaines situations guerrières donnent lieu à un échauffement affectif, un « regain » d’énergies psychiques et sociales, tandis que d’autres sont à peine nommées, reléguées au loin. Cette enquête philosophique creuse l’ambivalence de nos rapports à la guerre, inscrite au coeur de l’histoire sensible de la modernité.
Inspiré des écrits de Walter Benjamin, de W. G. Sebald ou encore de Klaus Theweleit, l’ouvrage explore ces affects guerriers à travers le xxe siècle, et interroge leur héritage : la froideur de la mise à distance, le déni des ruines après 1945, le désir d’intensification de l’expérience de soi, qui mobilise les imaginaires en 1914-1918 et s’engloutit dans les tranchées… voire mute en passions fascistes qui se nourrissent activement de la dévastation.
Le livre prend au sérieux ces désirs, y compris dans leurs attraits. Et demande : quelles transformations affectives activer pour résister aux mobilisations guerrières ?

Véronique Hébrard : “El indulto y la amnistía como modalidades de clausura de un conflicto armado en la Venezuela de mediados del siglo XIX”, en Salidas de guerra en la América del Sur decimonónica, Coordinadores: Edward Blumenthal (Université Sorbonne Nouvelle), Véronique Hébrard (Université de Lille), Flavia Macías (UBA-CONICET), revista Historia y Sociedad (Medellín), mars 2026.
Résumé: Ce dossier propose d’aborder deux problèmes centraux du XIXe siècle qui ont modifié la configuration des nouvelles communautés politiques d’Amérique latine : la « reconstruction post-conflit » et les « sorties de guerre ». Pour aborder cette problématique nous nous sommes efforcés de mettre en perspective différents espaces régionaux d’Amérique du Sud, en mobilisant des outils conceptuels et des voies méthodologiques qui rendent compte à la fois des conjonctures institutionnelles et politiques du XIXe siècle et des voix des acteurs (individuels et collectifs). Dans cette perspective, les différentes contributions permettent d’observer en particulier dans quelle mesure la fin de cycles de guerres ou de conflits ne signifient pas la fin des situations conflictuelles et violentes, et peuvent également être à l’origine de nouvelles formes d’exils, à l’image de scénarios européens de la même période En Amérique du Sud, les scénarios « post-conflit » du XIXe siècle posent des questions spécifiques dérivées d’une diversité de conjonctures et de processus propres documentés par une variété de sources qui exigent leur réévaluation heuristique et la formulation et l’application de méthodologies spécifiques. Dans de nombreux cas en effet, on constate par exemple l’absence d’archives ponctuelles documentant ces processus. Les contributions ont grandement confirmé cet aspect central pour l’étude des sorties de guerre dans l’espace latino-américain du XIXe siècle, à savoir la complexité de trouver des sources pour documenter correctement ces phénomènes.
En ce qui concerne ma contribution à ce dossier, elle s’intéresse aux phénomènes de pardon dans une situation de conflit civil et d’avant-guerre dans le Venezuela du milieu du XIXème siècle. En effet, cet article se propose d’examiner les politiques de pardon décrétées par le gouvernement vénézuélien au milieu du XIXe siècle, à un moment de forte conflictivité. 
Ces politiques sont adoptées dans le contexte de la destitution du président Monagas en mars 1858 et l’émergence d’une faction armée, la Faction de la Sierra dirigée par trois membres du parti libéral. Après une historisation des concepts et à partir de sources judiciaires et administratives, l’objectif était de comprendre les changements introduits par la construction républicaine et l’hybridation des cultures juridiques et politiques, dans l’utilisation de ces mesures de grâce et d’amnistie. Mesures considérées comme un mécanisme de contention de la violence, de clôture du conflit armé et de pacification du

Stanislas de Chabalier, Gouverner par l'oubli : l'amnistie en France de l’Ancien Régime au Consulat (1775-1802). Thèse soutenue le 14 novembre à l’université de Lille.
Résumé de la thèse : L’amnistie est une mesure d’oubli juridique et un outil politique destiné à gérer les crises, apaiser les conflits et renforcer le pouvoir de l’État. Son analyse met en lumière les tensions entre justice, réconciliation et utilité politique. Entre l’Ancien Régime et la Révolution, l’amnistie se transforme : elle passe d’un usage royal vertical proche du pardon collectif à un instrument législatif formalisé par le législateur révolutionnaire, souvent employé stratégiquement pour protéger les alliés du régime, atténuer les tensions locales ou légitimer certaines actions subversives. Ces mesures, rarement neutres, reflètent les rapports de force et les enjeux de souveraineté, tout en illustrant la complexité des contextes locaux et des conflits idéologiques.

Luca Salza : La désertion. Une cartographie littéraire et artistique. Italie, Grande Guerre, Sesto S. Giovanni, Éditions Mimésis, 2025.
Dans ce livre, je trace une carte des refus de la Grande Guerre en Italie (que j’appelle des “désertions”, au sens étymologique du mot: des “abandons”). Ce qui m’intéresse c’est le caractère inventif de la cartographie: je ne veux pas représenter génériquement des lieux, mais j’entends y trouver les trous, les brèches, les failles par lesquels il devient possible de sortir de ces lieux, de construire d’autres lignes de vie. Si la désertion est, avant tout, une question spatiale, en tant que déplacement, esquive, pas de côté, fuite, errance, voyage, on ne peut en rendre vraiment compte que sur une carte. Dessiner une carte des désertions est la tentative que je fais pour suivre le tracé d’un processus de libération, les fuites et les innombrables déplacements que certains individus réalisent, entre 1914 et 1918 et au-delà, pour sortir de la guerre.