Séminaire Axe 4 "Traduction et médiation"

Séminaire
Salle B0.619 - Campus du Pont-de-Bois à Villeneuve D'Ascq
Séminaire d'axe // Axe 4 (Traduction et médiation) Org. : Corinne Oster et Julie Loison-Charles Julie Loison-Charles, Maîtresse de conférences à l'université de Lille, présentera une intervention intitulée "« Je t’aime moi non plus » : la correspondance entre Vladimir Nabokov et ses traducteurs français". Les étudiants et les collègues appartenant à l'Université de Lille pourront suivre la conférence sur place, dans la salle B0.619. Pour les membres extérieurs qui souhaitent se connecter à l'intervention, vous trouverez l'invitation ci-dessous: https://univ-lille-fr.zoom.us/j/93834627445?pwd=OTBpNWJXd2lMWng3eXd6Nk1BakF0dz09 ID de réunion : 938 3462 7445
Code secret : 876301 RESUME:

« Je t’aime moi non plus » : la correspondance entre Vladimir Nabokov et ses traducteurs français

La structure des lettres envoyées par Nabokov à ses traducteurs français montre bien la relation ambivalente que l’auteur entretenait avec eux : généralement, Nabokov commence par vanter la beauté de la traduction avant de faire la longue liste des bourdes et bévues du traducteur. En amont de cette correspondance avec les traducteurs, les lettres échangées avec les différents éditeurs ou agents littéraires montrent les qualités que Nabokov aime chez un traducteur : une connaissance pointue des deux langues, une grande docilité (le traducteur doit accepter toutes les modifications de l’auteur), et le fait d’être de sexe masculin. (“I need a man who knows English better than Russian – and a man, not a woman. I am frankly homosexual on the subject of translators.” 16 juillet 1942, lettre de Vladimir Nabokov à James Laughlin).

Nous étudierons trois cas particuliers. Tout d’abord, nous nous pencherons sur celui des « hommes au bord de la crise de nerfs » pour la traduction française de Ada or Ardor, confiée à Gilles Chahine (par exemple, dans une lettre en date du 8 mai 1972, l’agente littéraire de Nabokov écrivait : « le traducteur qui semble être un hypersensitif a mis plusieurs semaines à se remettre des suggestions et observations de Monsieur Nabokov !! »). Ensuite, nous évoquerons la confrontation de deux égos surdimensionnés pour Pale Fire ; dans ce qui ressemble parfois à un combat de coqs, le grand traducteur Maurice Edgar Coindreau refuse de se faire dicter sa loi par l’auteur, qui lui répond le 14 janvier 1964 : « Vous me dites, Monsieur, que vous avez publié 33 traductions. J’ai eu, moi, plus de soixante traducteurs. » Finalement, nous évoquerons les relations très amicales que Nabokov a eues avec plusieurs de ses traducteurs de textes russes, notamment Jarl Priel, qui a produit Invitation au Supplice et que Nabokov n’a cessé de défendre, bec et ongles, auprès de ses éditeurs.

En fil rouge de l’analyse, on s’interrogera sur le fait que, chez Nabokov, le curseur entre l’amitié ou l’inimité pour ses traducteurs français semble bouger selon que la langue-source est le russe ou l’anglais, et l’on comparera les arguments que l’auteur présentait à ses traducteurs avec ses propres positions traductologiques pour se demander si, dans ces divers cas de traductions collaboratives, c’était bien une exigence de littéralité traductive qui justifiait les critiques de Nabokov ou s’il ne s’agissait pas plutôt de partis pris créatifs de l’auteur.


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